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vendredi 15 août 2014

Re-douane Diwana - Car à l’aéroport, il n’y a pas que le nom qui RAM




Re-douane Diwana, car à l’aéroport, il n’y a pas que le nom qui RAM.

Re-douane Diwana, herrag et passager clandestin de renom, vous explique pourquoi il préfère traverser à la nage plutôt que de ramer à l’aéroport. 

Parce qu’il préfèrerait traverser la barrière de corail plutôt que celle de la douane.

Parce qu’il préfèrerait se faire couler au large de la mer rouge plutôt que de se faire saigner à cause d’un excédent de bagages.

Parce qu’il préfèrerait se noyer au milieu d’un banc de requins plutôt que de s’étouffer au milieu d’une bande de tortues. 

Car ici, le système aéroportuaire est, vous l’aurez compris, d’une lenteur si mortelle que même quand il s’agira de clamser vous ne pourrez mourir qu’à petit feu. 

Peut-être serait une technique anti-terroriste d’un genre nouveau, car il y a bien là de quoi décourager n’importe quel porteur de bombes quand vous semblez vous-mêmes prêts à exploser.

Et le premier arrêt, presque littéral, de ce pré-périple qu'est l'aéroport est celui dit du comptoir des Tamponniers. 

Ceux qui ne tamponneront vicieusement que sur les autres tampons de votre passe-porcs. Ceux dont les esprits ont plus de retard que ceux de tous les vols cumulés. Ceux qui dépassent les bornes avant même d’avoir passé la frontière. 

Car le temps passe et les crampes aux tempes sont lasses d'attendre le tampon pompeux du Grand Tempereur et tant pis pour les bousculades tamponneuses qui vous crève les tympans à l'arrière, on s'en tamponne le derrière.

À la recherche du tam(pon) perdu...une oeuvre de «Prout» que vous auriez presque le temps de réécrire.

Et vous souhaiteriez vous faire pousser une nageoire dorsale plutôt que de faire la queue dans ce filet à poissons

L’aéroport, parce que vous ne valez rien.


lundi 4 août 2014

C'est l'histoire d'une burqa qui voulait mettre les voiles.


   La burqa qui voulait mettre les voiles. 


Sur les plages, le con-bat de Soeur-Feuse contre les forces du Mâle, c’est une enquêquête de The Tberguig qui par ce soleil de plomb coule de source.

Car la main mise et baladeuse du mâle sur les plages, Phallus bien que quelqu’un en parle ! 

C’est donc assaillie par les Kss-Kss et autres syllabes animales aux sonorités complexes de ces requins des sables, que Soeur-Feuse a donc bien voulu tout se voiler...sauf la face !

Sachez ainsi, qu’en une comme en deux pièces, vous ne vaudrez donc pas un sou. 

Du moins, à part celui relatif au prix de ce kilo de viande de gazelle halal que vous représenterez alors. 

Et c’est un véritable parcours du combattant sur terrain miné qui attendra donc celle qui voudra vaillamment le traverser. 

" Il faut sauver le soldat 3ryane" vous ne cesserez donc de vous répéter, comme pour vous motiver, du départ de votre serviette aux vagues à l'arrivée. 

Ils seront partout. Semblables à ces sables mouvants qui vous aspireront de l’oeil et disséminés parmi ces groupes de pseudo joueurs de Foot qui feront tout pour vous toucher de leur balle. 

Et vous serez bien heureuse de ne pas avoir eu droit à la paire...de ces balles, car quelque soit le numéro de leur maillot, ce sera toujours pour vous la rencontre du troisième type. 

Délectez-vous donc de ces appels de phare destinés à vous, Oh sirènes d'Alexandrie.  

Car, prêts à tout pour conquérir vos cœurs que rien ne pourrait plus écoeurer, vous ne sauriez plus véritablement choisir entre noyade et ce maître ni nageur mi dragueur à qui vous offririez bien une bouée. 

Bekkini donc en Bikini. 







mardi 15 juillet 2014

Hammamia, here I go again !





Hammam( n.m sauf Hammam mixte ), se dit de ce lieu de suffocation volontaire où le décharnement des uns sera l’objet de l’acharnement des autres.

Un genre de relique d’un esclavagisme moderne et volontaire où tout semble avoir été minutieusement fait pour que vous restiez persuadés que ces personnes qui s’acharnent à décharner votre peau sont les vestiges des derniers suppliciés d’un genre de mythologie greco-hammam.

C’est à croire que le directeur artistique de cette super-production Sabounebeldyenne s’est astreint à donner à ce lieu des airs d’authentiques thermes romains et l’efficacité de ces allers-retours sur l’autoroute de votre corps à coup de ( tararararara ) KISS se chiffrera à la sueur de votre front...et à la longueur de ces spaghettis al dente dont le Kessel ne fera qu’une bouchée.

Vêtues de Marcels dont ils ne gardent de l’allure que le nom et de Cerdan, la vigueur qui fera serrer les vôtres, ces hommes et femmes dévoués à cette mono-activité de décapage pratiqueront sur vous le massage façon déboîtement de l’épaule à mort-veille.

De quoi vous inspirer un genre d’« Indignez-vous» version Stéphane Kessel...

Et parce que ce nom générique se conjugue également au féminin, vous aurez pour vous servir, Mesdames, deux principaux types de Kessalates.

D’un côté, ces genre de catcheuses qui n’évoluent qu’en milieu aride, les stars du Ring, celles au physique mêlant des allures de Rambo et d’Hagrid, et de l’autre celles restant aux vestiaires sur les bancs de touche, reprenant leur souffle après avoir aspiré le vôtre, bouteille d’eau fraîche à la main et serviette de Mohammed-Ali au cou, surveillant celles qui voudraient prendre leurs jambes au leur.

Durant cet instant plus de crasse que de grâce, je ne dois la mienne qu’aux mouvements artistico-contempourri que mon bourreau m’oblige à exécuter, et c’est ainsi que vous vous découvrirez des talents cachés de contorsionnistes et autres talons d’arthrose et d’un Achille fantaisiste.

Et vous vous convaincrez que l’on pourrait  tout à fait avoir le haut du corps étendu sur le ventre, les jambes allongées sur le côté tout en conservant le coude de son bras droit tourné vers le haut, et les pieds sur Terre.

Elle ont du pain sur la planche, et vous aurez l’impression d’être celui à pétrir...

Jouissant ainsi du syndrome de Stockholm le plus caniculaire jamais entendu, vous vous délecterez donc étrangement de ces phrases classées Reines du temple de la familiarité-promiscuité telles que « Ah, ah, ah, ch7al kenti mousskha a khti» ou encore « Ou tgoul wash bgha y khrouj lik loussekh».

Et c’est au compte-goutte que les secondes de la peine à laquelle je goutte s’égouttent, animant ainsi le cycle infernal d’une sueur qui se confond à la condensation, des vapeurs des corps aux plafonds, puis à nouveau de leurs hauteurs aux bas fonds.

Vous y découvrirez aussi, un capitalisme réinventé ou la propreté a donné lieu à une forme entièrement nouvelle de propriété : celle du sceau dans lequel vous ferez couler cette eau, qui en cas de conflit d’appartenance prendra bien quelques heures à passer sous les ponts.


Et c’est un sursaut d’effroi que causera le sceau de la moindre main étrangère posée sur votre seau, le Saint Staal, créateur de conflits depuis 1876 et qui risquera de vous coûter quelques mèches.

Et bien qu’on ne puisse pas réellement évoquer un quelconque sens de la pudeur dans ces lieux seins, son peuplement aspire cependant après rinçage à être le digne héritier d’un genre de néo-race aryenne version 3aryenne.

Et certes minimalistes, les codes dé-vestimentaires restent tout de même stricts. Car ici dans cette contrefaçon d’une plage de Copacabana version Copasandala, seules autorisées les charenthèses-ventouses Del mika, celles qui couplées à quelques gouttes d’eau vous joueront les plus beaux airs de Beethoven ou de Daoudia.

La complicité prendra ainsi la forme du compagnon qui vous frottera le dos avec la plus grande sincérité.

Que dire enfin, de l’indice de base de classement des Hammams, peut être l’une des dernières perles de l’absurdité : le manque plus ou moins drastique en oxygène.

Comme cette pièce, l’ennemi juré de toute chambre froide, celle constituant le dernier degré de raréfaction d’air niveau Kilimandjaro, dédiée aux as et des as qui s’y enfer-ment et apparemment aussi aux  poissons à branchies.

Et si l’oxygène ne circule plus, les ragôts se feront, eux, un plaisir de vous faire le tour du propriétaire...et des locataires du quartier et les cheveux continueront de danser parterre, portés par courants d’eau et courant d’air, du nature, au henné en passant par le néo-méché.

Vous les croiserez à tous les coins de rue, ces adeptes du Hammam, seuls et uniques citoyens à avoir la légitimité absolue de sortir avec le kit peignoir sur les épaules, serviette sur la tête et seau à la main. Ils ne sont qu'une centaine dans tout le Maroc à jouir de la patente officielle.


Et si ces airs de lavoirs d’antan vous chatouillent l’esprit, sachez que les risques de Zona dans ces eaux-là éclipseront très vite ces esquisses de descriptions aux allures de Zola...au Bonheur de ( ces ) Dames.

Asmaa El Arabi 

vendredi 13 juin 2014

Match Nul...




Volets fermés, fenêtres placardées, voitures soigneusement rentrées dans les garages ou planquées dans des ruelles sinueuses, et discrètes, portes fermées, chérissant leurs serrures et gardant un oeil de boeuf bien ouvert sur leurs poignées : cela ne fait plus aucun doute, c’est jour de clash, de splash, de smash, enfin bref un classique jour de match.
En cet après-midi bien particulier Casablanca célèbre donc une fête unique…et c’est la sienne !
Plutôt celui d’un sanguinaire Saigneur que de l’Éternel Seigneur, ce jour d’exception aura vite fait de marquer les esprits de ses sons, ses sceaux et ses sursauts.
Il est six heures, Paris s’éveille, certes mon cher Jacques, mais Casa, elle, s’assoupit et ne semble que péniblement s’endormir dans les bras d’un Morphée sous morphine comme poursuivant l’envers de la naissance du papillon, se renfermant dans son précieux cocon.
Tout se passe ainsi comme si Casablanca s’astreignait en fait à une sieste obligatoire durant «le rouge et le vert» du Standby.
Ce jour où Casablanca se transforme en salle omnisports d’un genre de corrida footbalistique où vous risquez à tout moment d’être le vénéré foulard rouge du taureau ou le cher dindon de la farce.
Ces jours où la pelouse du stade rase les murs et où ses larges tribunes auraient voulu ne pas être aux premières loges.
Ce jour où Casablanca se mue en décor « grandeur raclure» d’un genre de western oriental où Clint Eastwood aurait déjà tracé à l’Ouest, poursuivi par des Daltons daltoniens obsédés par un rouge et un vert qu’ils ne voient que pas assez.
Oubliez donc le charaf du cherif, en ce jour où la kourat al 9adam ne sera visiblement pas l’affaire du m9adam et sachez donc que le nombre de tours de vos serrures n’aura d’égal que celui de buts marqués et d’occasions manquées.
Car ces insupportables insupporters  terrassant passants et trépassants, coupant les rues sens dessus-dessous, dans tous les sens, de l’interdit, à l’inverse, en passant par le propre et le figuré, n’auront de pitié que celle rimant avec Salpêtrière.
Rouant tout engin roulant de virulents coups francs et distribuant de généreux bâtons dans les roues de tout ce qui ne roulera désormais plus, ils défileront sur les boulevards comme une collection d’un créateur mal inspiré, embaumés des chants de ce jeu où il ne paraît y avoir que le ballon qui tourne véritablement rond.
Taclant les vitres des bus, taxant leurs chauffeurs, scrutant le moindre regard transversal, en désaccord ou en diagonale, leur heure de sortie sera celle de votre rentrée et vous vivrez aux rythmes des séismes sonores animants les cafés.
Et c’est l’irruption volcanique d’un magma verdâtre et grumeleux de supporters qui gronde car quelle que soit la couleur du carton qu’arborera l’arbitre, ils auront incontestablement dans la ville carte blanche.
À la vue apocalyptique de cette nuée insensée, encensée d’un fanatisme inversée, il semblerait véritablement que « balle qui roule amasse namouss» durant cette journée digne des plus belles sauvegardes d’un GTA version Joutiya.
Les feux tétanisés resteront donc bloqués à l’orange, et le jour de gloire sera enfin arrivé pour ces vaillants taxis rouges, les seuls à véritablement trancher dans cette drôle d’histoire.
Comme un orphelinat d’enfants sauvages débarquant au milieu de votre ville,vous tenterez de vous blottir en vain au fond du siège conducteur de votre voiture dont même l’embrayage se sera retiré telle une tortue rétractant sa tête et le frein à main aura désormais main mise sur vos manoeuvres.
Fuite d’huile pour les taxis rouges rencontrant quelques âmes enragées du raja ou pour ces feux verts croisant un petit groupe bien garni de têtes brûlées du wyDEAD, déboulant comme des boules de pétanques, dont vous seriez le malheureux cochonnet.
Gardez-vous donc de toute malencontreuse prise de position en ce jour conjointement traversé par le tropique du quiproquo et les cornes de son capricorne.
Depuis votre automobile,  agitant successivement un drapeau du Raja d’une main en veillant à minutieusement planquer celui du Wydad de l’autre, vous aurez alors l’impression d’être ce genre de poule refusant paradoxalement de se mouiller continuant d’afficher des sourires tellement apeurés par la véhémence de ces supporters qu’ils en deviendraient presque sincères.
Notre drapeau national semble lui-même incapable de trancher sur la question arborant discrètement cette étoile verte noyée dans une authentique mer de rouge.
Pour les plus inconscients défenseurs de la liberté de circuler, partisans de ces grandes et profondes phrases de citoyen engagés telles que « Malna Siba flblad», sortant impavides, en ces jours de lancer de pavés, nul besoin de s’armer de courage ou de patience, une généreuse dose de lâcheté et de démagogie appliquée en anesthésie locale sur ces supporters fera l’affaire.
A l’issue de ces matchs, 4 issues radicalement distinctes s’offrent alors gracieusement à vous : si Le Raja perd, il y aura de la casse. Une seconde possibilité se distingue également: Si le Raja gagne, il y aura, là par contre, de la casse. Autrement différente, s’il y a match nul, il y aura cette fois-ci de la casse. Enfin, si le match est annulé, il y aura bel et bien de la casse.
Aussi sûr donc que deux et deux font quatre, et que « un partout» fera très mal, les possibilités sont donc tout à fait diverses.
Comprenez donc que le seul véritable terrain, d’entente cette fois-ci, serait celui consistant à penser qu’à ce degré exceptionnel de nervosité et de tension, quelques soient leurs confessions, convictions et autres traumatismes sportifs, tous ne verront plus que rouge.
À la fin de cette courte journée de vie, ils auront alors bien réussi à élargir la surface de réparation et c’est d’un bon coup de ciseau, que vous aimeriez alors entendre ce «  coupez ! on ne la refait jamais.»
Asmaa El Arabi 

mercredi 11 juin 2014

En Immersion dans les rues de Casablanca...

Via Google

Ce n’est qu’après de longues années de regards passifs et familiers sur les rues de notre pays que l’on finit enfin par y déceler ces trésors de scènes presque anachroniques dont elles débordent.

Tout d’abord, le balayeur de rues, celui qui manie poétiquement de grandes et élégantes feuilles de palmiers et qui soulève sur son passage des nuées de poussières et de souvenirs. Notre passage rapide en voiture nous offre tout de même le temps de poser un regard illuminé sur cette scène de parade amoureuse digne des plus grands films indiens ou autres ballets classiques.

L’autre acteur principal de la pièce, dont les apparitions sont, pour sa part, plus courtes et plus rares, n’a rien à envier dans sa singularité à notre valseur-balayeur. Il s’agit de celui que l’on appelle communément le commis de « Moul lpisseri» ou Bras de droit de Lahcen, celui qui livre toutes sortes de choses à travers la ville avec le même entrain et la même allure vagabonde et décomplexée. Sa livraison phare est cette ronde et lourde chose bleue nommée «Bouta» ou « Boutagaz» pour les puristes linguistes de la darija marocaine. Cet être particulier qui semble avoir un passe au-dessus des lois routières, et qui traverse sans prévenir rues et boulevards, s’affaire à pousser vaillamment son petit chariot, pour livrer sa belle, sa bien-aimée, sa bouta, dont il se soucie comme d’une mariée dont on va donner la main.

Mais celui qui cristallise sans aucun doute toute la beauté de l’absurde marocain, celui dont la présence se démultiplie à l’infini à travers toute la ville, celui qu’on ne présente plus et qui se présente à vous en accostant sans transition les fenêtres de vos automobiles est le fameux gardien de voitures.

Partout où vous irez il sera, dans les ruelles les plus profondes de Casablanca, dans les impasses, les culs-de-sac, les rues cachées, celles abandonnées, à demi-construites, et ne faites pas même confiance aux routes pistées car là où un bout de trottoir il y aura, notre cher dresseur de roues sera. N’essayez donc jamais de semer sa présence, car cet être venu d’ailleurs, de cette Gardiane Planet qui remplace désormais Pluton, est capable des plus beaux sprints derrière votre voiture en cas d’oubli, disons involontaire, de sa rétribution. Vous ne verrez de lui depuis votre rétroviseur que la magnifique blouse bleue dansant avec le vent et la vitesse.

Ce surhomme a su repeindre tous les trottoirs jaunes en blancs par la seule force de la pensée et de la supputation pour l’amour du stationnement, et a rendu presque irrationnelle l’utilisation du parcmètre.

Il est celui qui a décidé de garder toute la monnaie gagnée dans une seule poche musicale qu’il raffole de faire tinter et celui dont le remix s’appelle « Braqui, Braqui, Braqui, safi hbess».

Il est le coach du créneau, celui qui refera naître en vous l’envie de garer votre voiture et qui redonnera de l’entrain à vos marches arrière.

Autre mais tout aussi fascinant, le 3essass ou la mère juive du quartier, celui qu’on soupçonne d’avoir un immense tableau des heures d’entrée et de sortie des gens du coin, un trombinoscope des invités selon la fréquence de visite et peut être même un book des immatriculations des voitures restées sans identité, car le 3essass a une sainte horreur de ne pas savoir. Gardien de vos maisons et de votre moralité, il est cette mère poule et étouffante dont nous avons tous rêvé.

Puis arrive le semssar, celui qui sait simultanément quand est ce que votre titre foncier sortira à la commune et combien coûterait une femme de ménage pour le mois en basse saison. Il est celui qui ne se charge que des informations collatérales, sans cohérence aucune, spécialisé dans les débris informationnels et dans toutes les infos qui servent du rayon « infos qui ne servent à rien».

Last but not least, Mr Bi3, notre Mr Bean local, vocaliste et castafiore, il criera d’un son presque électronique tout ce que vos oreilles désireront entendre en plus des classiques «Jabil» et « wa lbayd».

Comme les personnages d’un théâtre à ciel ouvert en perpétuelle représentation dont on a arbitrairement distribué les rôles à travers la ville, les êtres que l’on vous présente ici sont bel et bien tirés de faits réels.

lundi 2 juin 2014

Poste-Mortem


Tout a commencé par cet appel anodin d’un très cher ami me criant gaiement à travers le combiné qu’il aurait reçu à son domicile une lettre ce lundi 9 septembre 2013 datant du 28 septembre 1989. Cette lettre glissée 24 ans plus tard par la main nonchalante et insouciante d’un postier, arborait encore un timbre en francs et des traces jaunissantes, témoins de sa traversée des âges.
Comme face à un secret d’Histoire, je me retrouve donc à cet instant précis dans l’antichambre entre fascination et absurdité. Bien décidée à percer le mystère de cette affaire, c’est là le début de mon enquête doublée d’une aventure à la Poste de Casablanca.

Si vous vous souvenez de la poste comme étant cette institution fort efficace capable de faire voyager pensées, courriers, colis à travers le monde par les ailes d’un simple timbre :  au Maroc, vous vous voilez burqament la face.
Envoyer un courrier par une des nombreuses postes de Casablanca, car quantité n’a jamais promis qualité, peut très vite, et c’est la seule chose qui puisse aller vite dans ces cas là, se transformer en une course poursuite du Saint Graal postal à travers toute la ville.
Il vous paraîtra ainsi fort probable, au premier abord, que la poste au Maroc soit un genre de fusion entre PMU et Services postaux : vous êtes sûr d’envoyer votre courrier, libre à vous de parier maintenant sur sa bonne réception ou sa réception tout court.
De désillusions postales en désillusions, on se rend finalement compte que le recommandé n’est peut être pas si recommandable, que l’accusé de réception sera toujours déclaré coupable, et que l’envoi express est inspiré des fables de la Fontaine où entre le lièvre et la tortue, c’est le reptile qui finit toujours par gagner.
En rentrant à la première poste, trois principaux détails attirent, toujours au sens figuré entendons bien, votre regard inquisiteur, comme dans ces jeux de Télé7jours où vous devez entourer tous les anachronismes de la pièce.
La première, Moul Securiti, un genre de videur de boîte de nuits posté, sans mauvais jeu de mots, à la porte d’entrée, et qui, ayant probablement dû faire rentrer plus de thons que de barracudas une nuit maudite où sa bonne étoile était en RTT,  fut donc rétrogradé, sans transition, à la poste.
L’Homme qui pose sur vous ce regard discret mais efficace de scanner dernière génération semble avoir garder quelques séquelles des automatismes de sa vie passée.
Et c’est ce même Charlot, camouflé dans cette poste comme dans un « Où est Charlie», qui vous délivre le ticket portant votre numéro de passage. Vous vous dites alors, naïvement, que vous pourriez vous-même appuyer sur ce bouton qui fait gracieusement glisser ce précieux bout de papier, mais en observant le geste parfait de notre bodygard, tout s’illumine enfin : c’est qu’il sait presser comme personne lui.
À partir de ces modestes observations, trois absurdités remontent alors à la surface de votre esprit noyé dans une mer d’incompréhension que densifient des vagues de questionnements.
Tout d’abord, pourquoi embaucher un homme chargé de la sécurité d’une poste. Y aurait-il un philatéliste, timbré, qui rôderait dans le coin, son livre de collectionneur à la main, et léchant un timbre pour l’y coller de l’autre ? Ou peut-être un adulte particulièrement rancunier qui aurait mal avalé durant son enfance cette histoire du « Facteur n’est pas passé, il ne passera jamais», vécue comme une vicieuse injustice ?
Puis s’ensuit le second mystère qui pointe le bout de son nez en traînant derrière lui un lourd point d’interrogation.
En établissant ce dur et lourd postulat que cet homme de la sécurité ou de sa sécurité, en tout cas pas de la mienne, aurait postulé à la poste par pure nécessité postale, et après avoir fini de prononcer difficilement toutes ces lettres «p»,  une question continue encore à vous tarauder la conscience : pourquoi prendre un homme aussi maigrichon et aussi facile à craquer qu’un savoureux cornichon ?
S’amorce alors une série de questions inexistentielles sur ces choses qui vous imposent nonchalamment leur existence.
Des gens à qui les numéros ne plaisent pas, un 77 trop redondant, un 13 maudit, un 124 trop banal, un 367 affreusement ennuyeux, un 007 totalement hors contexte et qui laissent donc ces tickets joncher le sol dans une marre d’autre numéros aux abonnés absents.
Quel que soit le numéro qu’on vous délivrera à l’entrée, sachez donc qu’il ne sera qu’un numéro d’emprunt, une couverture, un alias, un clin d’oeil du «Big Barid is watching you» qui vous susurre à l’oreille « Vous Lalla, là bas, petit être frêle et naïf, vous pensez que vous êtes le numéro 245 hein, vous en êtes convaincue yak, ewa belati nchoufou qui de nous deux a raison ».
Enfin, troisième et dernier pilier du kit de survie en milieu hostile et postal : venez avec votre enveloppe. Car faites vous vite à cette fatalité, la poste au Maroc ne vend pas d’enveloppes. Vendre des enveloppes dans une poste ? Quelle idée farfelue ! Et puis quoi encore ? Pourquoi pas des timbres tant que vous y êtes…Enfin, franchement…

Après avoir fait le tour du parc postal casablancais, à la recherche, littérale, de tout ce temps perdu, et après avoir franchi la porte de la dernière étape de notre Pékin Express Postal, on ne peut plus tout à fait qualifier notre pas de confiant et déterminé.
Tant d’idéaux se sont alors déjà effondrés dans nos esprits durant cette balade où il serait plus simple de savoir ce qui fonctionne que ce qui ne fonctionne pas.

Qui sait ce qu’on nous y dira, j’ai cet angoissant pressentiment qu’un des employés me proposera un pigeon voyageur comme offre de la dernière chance pour envoyer mon courrier dont les mots ont fini par dégouliner sur ce papier  bristol devenu papier mâché et j’imaginais déjà sa réplique « Pigeon, oulahita mkhayr a khti, number one, numiro wahed».

Avouons tout de même que ce service postal si faillible et si burlesque renferme quelque chose d’humain et d’imparfait qui force en vous le rire et qui dessine sur votre visage un sourire effaçant toute trace de crispation ou de fekssa intériorisée.

Asmaa El Arabi 


Article publié dans :
Slate Afrique
La Nouvelle Tribune